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L’histoire a commencé alors que je prenais place dans un amphithéâtre de l’Université Laval. Une amie à moi m’avait parlé d’un certain Francis Gendron et de ces maisons écologiques complètement déjantées par leur look et sensées être complètement autonomes. Mais dans quoi je m’étais encore fourgué ? Deux heures et demi plus tard, j’étais sous le charme : j’ai passé les jours suivants à en discuter pendant des heures avec qui voulait bien m’entendre. J’en rêvais même la nuit ! En bref, il me fallait un Earthship. D’ailleurs, j’allais probablement aussi en construire un à mes parents, à ma sœur, à mon cousin préféré… et pourquoi pas un mini-earthship pour chacun de mes trois chats ?

Effet garanti. C’était en mars 2013.

Trois ans plus tard, me voilà le plus vieil employé sur sept de Solution Era… et ma vision a – heureusement – eu le temps d’évoluer.

Que sont les Earthships ?

Nous sommes en 1972 au Nouveau-Mexique. En plein désert. L’architecte américain Michael Reynolds vient d’inventer le premier Earthship, la Thumb House. Aujourd’hui, la ville de Taos – et plus particulièrement son secteur appelé le Greater World – compte le plus grand nombre d’Earthships au monde sur un même territoire. Ces maisons à l’allure étrange sont littéralement la vision incarnée de M. Reynolds, qui s’était donné la mission de faire d’un problème une solution. Ça vous rappelle une certaine jeune entreprise ? 🙂

Avant de continuer, il faut insister sur une chose qui concerne le monde du bâtiment écologique : il existe plusieurs visions, qui ont toutes des objectifs uniques, qui sont liées à des valeurs spécifiques et qui mènent donc à des résultats de conception fort différents. Chacune de ces visions est donc bonne dans son essence. Dans la formation d’introduction en design de bâtiment écologique, Francis et Fred insistent sur ce point : il existe quatre grands types de vision pour une maison écologique et il importe de bien se situer avant de démarrer son projet (Faute de place, je ne détaillerai malheureusement pas tous ces points. Je vous invite à découvrir la formation dont je vous parlais plus haut pour en savoir plus !) :

  1. Les maisons saines et naturelles
  2. Les maisons haute performance
  3. Les maisons à basse énergie grise
  4. Les maisons résilientes

Les Earthships, vous l’aurez peut-être deviné, sont la quintessence même des maisons résilientes. Elles prennent littéralement soin de leurs habitants et leur créateur a peaufiné le concept à travers les années pour arriver à un modèle bien précis : le Global, dont il sera question dans les prochaines lignes. La seule réelle obsession des maisons résilientes est simple : pouvoir continuer à fournir eau, chaleur et énergie à ses habitants, même totalement coupées des réseaux extérieurs.

Fun fact : Le nom « Earthship » se traduit par « vaisseau terrestre ». Michael Reynolds a toujours comparé ces maisons à des Arches de Noé modernes, qui voguent non pas sur les eaux mais à travers les temps difficiles, comme pour sauver l’humanité d’un désastre à venir, à l’instar de Noé qui avait vu venir la montée des eaux.

Six grands principes sous-tendent donc la philosophie des Earthships :

 

  1. Le chauffage bioclimatique

Certainement le principe le plus important : les Earthships visent ni plus ni moins à ce que vous vous passiez de chauffage artificiel. Le soleil est donc la  « grande chaufferette » dont il faut tirer le maximum ! Le chauffage et climatisation sont gérés par des systèmes dits passifs : ils n’utilisent aucune énergie électrique. Un de ces systèmes est la géothermie passive : les Earthships sont recouverts de terre sur les murs Nord, Est et Ouest, ce qui reproduit la température stable qu’on retrouve quelques mètres sous terre. Grâce à sa conception ingénieuse, cette maison peut théoriquement garder une température stable – entre 19 et 21 degrés Celsius – à l’année.

 

  1. Les matériaux naturels et recyclés

L’idée, c’est de « transformer les ordures… en or pur » ! Cette phrase qu’utilise beaucoup Francis Gendron – qui a étudié avec Michael Reynolds – rend bien compte de la réalité des Earthships : ils utilisent littéralement des pneus (!) pour leurs fondations et des bouteilles de bière dans les murs. Le tout est recouvert de COB, un genre de béton naturel qui est en réalité un mélange de sable, d’argile et de paille, utilisé depuis des millénaires par toutes les civilisations préindustrielles. L’idée générale, et c’est ce qui obsédait M. Reynolds, c’est qu’il existe tellement de déchets dans le monde qu’on peut désormais les voir comme une ressource !

Parlant de pneus, leur utilisation est toujours sujette à controverse. Après quelques années chez Solution Era, je le dis sans plus de doute : les pneus ne posent aucun problème en soi, tant qu’ils sont bien recouverts et isolés de la partie interne du bâtiment. D’autres que moi ont détaillé le sujet et je vous laisserai découvrir la chose avec les liens situés en fin d’article.

 

  1. L’énergie solaire et éolienne

Les Earthships utilisent exclusivement l’énergie renouvelable. Rien de surprenant, mais il convient de préciser que si les éoliennes font souvent rêver, la grande majorité des experts d’expérience martèlent toujours la même chose : tout ce qui bouge, finit par casser. En bon québécois : tout ce qui bouge brise. C’est même devenu un genre de mantra qu’on se répète inlassablement quand vient le temps de penser à la conception d’une maison écologique et résiliente !

Tous ensemble pour la pratique :

« Tout ce qui bouge brise »

« Tout ce qui bouge brise »

« Tout ce qui bouge brise »

« Tout ce qui bouge brise »

« Tout ce qui bouge brise »

Bref, l’énergie nécessaire aux activités quotidiennes est donc alimentée en grande partie grâce à des panneaux solaires, bien plus solides et durables que les éoliennes.

 

  1. Les sources d’eau

Sans eau, que serions-nous ? À Taos, d’ailleurs située à 2000m d’altitude, il ne pleut que 18mm… par année. En comparaison, c’est six fois moins que les précipitations au Québec ou en Europe de l’Ouest. Les habitants du Greater World réussissent pourtant à n’utiliser que l’eau de pluie et de la fonte des neiges pour leurs besoins quotidiens.

L’eau ainsi accumulée dans une citerne sous terre derrière le mur nord est distribuée par gravité et filtrée selon l’utilisation dans la maison.

 

  1. La gestion des eaux grises et noires

L’eau captée est en tout réutilisée jusqu’à quatre fois :

  1. Elle est d’abord utilisée normalement : douche, vaisselle, etc.
  2. Après, elle est envoyée dans le sol de la serre pour nourrir les plantes (qui soit dit en passant adorent les savons et autres produits de toilette)
  3. Elle est ensuite utilisée dans l’eau de toilette ! Car ô étonnement : pas besoin d’eau potable pour ça !
  4. Après être passée par une fosse sceptique, obligatoire en Amérique du nord, l’eau est finalement rejetée à l’extérieur de la maison, dans le désert… où de la végétation finit par pousser ! Cette dernière utilisation ne serait évidemment pas permise partout, mais il est bon de savoir qu’un Earthship, en plus de ne pas utiliser de ressources extérieures, ont ce potentiel. Ils créent littéralement de petits jardins exotiques là où rien ne poussait auparavant. C’est vraiment cela qu’on peut appeler « maximiser un impact positif » !

 

  1. La production de nourriture

Un autre aspect bien visible de ces maisons autonomes est la partie située à l’avant, toujours du côté sud : la serre ! Et une fois vos plantes démarrées, les systèmes de gestion des eaux s’occupent du reste. Plus besoin d’arroser ! Il n’est pas ici question de produire 100% de la nourriture des habitants de la maison, mais plutôt d’en apporter une grosse partie. Un Earthship baptisé le Phoenix a d’ailleurs été bâti avec une gigantesque et magnifique serre qui devait en théorie pouvoir nourrir une famille de quatre personnes. Sans avoir réussi à tenir le pari de l’autonomie à 100%, les résultats ont été très encourageants et donne espoir pour l’avenir ! Le Phoenix est depuis fréquemment loué pour des mariages, des célébrations et autres festivités. Francis y a d’ailleurs tourné une vidéo que je vous laisse visionner ici.

Mais la serre a aussi une utilité liée au premier principe : elle crée une zone tampon entre l’extérieur et la zone habitable. S’il fait -20 degrés Celsius à l’extérieur – il peut faire jusqu’à -35 à Taos ! – l’air de la serre sera plutôt à 0 ou -5 degrés. La température de la zone habitable est donc beaucoup plus facile à gérer.

Entre mythe et réalité

Je dois recevoir entre 30 et 50 courriels tous les jours, et au moins 3 d’entre eux concernent les Earthships. Faut dire que Francis est devenu le perceived expert du domaine depuis que ses vidéos Youtube sont parues. Pas étonnant alors qu’au moment de la parution de l’article d’Écohabitation intitulé « Earthships : la fausse bonne idée », les questions et les commentaires ont fusés de partout ! Sans entrer dans les détails, et même si certains détails importants ont été omis ou mal compris par l’auteur de cet article, il faut comprendre que c’est la différence de vision qui est la source du petit tollé. Rappelez-vous les grands types de maisons écologiques cités en début d’article. Écohabitation – que nous admirons et respectons beaucoup chez Solution Era – adoptent le point de vue du type des maisons à basse énergie grise. Évidemment, cette vision ne peut qu’entrer en friction avec une maison dont l’objectif est plutôt la résilience, et qui sacrifie forcément certaines choses pour y arriver. Je donne comme exemple rapide le fait d’être connecté au réseau électrique collectif ou pas. Au Québec, comme notre énergie est la moins chère au monde, il n’est pas justifiable d’un point de vue économique de se séparer du réseau. Un puriste de la résilience préfèrera toutefois faire la coupure car cette décision est directement alignée avec ses valeurs.

Si le sujet vous intéresse, Solution Era a répondu à l’article d’Écohabitation par vidéo.

La lecture de l’article et le visionnement de la réponse fera de vous un quasi-expert du domaine 😉

Le mot de la fin

Je clos cet article en répondant à une question qui vous brûle certainement les lèvres : OUI, les Earthships sont adaptables à nos climats froids et humides. L’exemple le plus récent et le mieux conçu au Québec est indiscutablement celui de Benoît Deschamps en Mauricie. Le premier Earthship au Québec, l’Es-Cargo, a quant à lui été bâti il y a un peu plus d’une dizaine d’années et ses propriétaires vont diront avec plaisir que certaines erreurs ont été commises et que leur maison n’est pas parfaite. Mais il y sont heureux comme des rois, parce que c’est chez eux et que leur mode de vie – axé sur la simplicité volontaire – se marie à merveille avec ce genre de bâtiment.

Ceci étant dit, nous avons travaillé fort chez Solution ERA pour montrer qu’il existait d’autres alternatives. C’est maintenant chose certaine : une maison qui respecte le code du bâtiment au Québec et en France (parmi les plus sévères) peut être aussi efficace qu’un Earthship en terme d’efficacité énergétique, d’autonomie et de qualité de vie. C’est justement l’objet de nos formations ! Si vous êtes curieux, découvrez les toutes sur cette page.

Et vous, à quel type de maison rêvez-vous ?

Pour en savoir plus...

Photo Julien Watine

Auteur de cet article : Julien Watine

Julien est entré chez Solution Era en 2013 comme premier employé après avoir découvert le monde des possibles à la formation « Écoconstruction et Résilience ». Ses passions, à part le monde des solutions ? La musique, l’astronomie, le bonheur et le temps qui passe.

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