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Le brouillard

Au commencement de mon aventure, il y a de ça plusieurs années, j’avais la passion d’ouvrir un centre de stimulation pour enfants.

Bien qu’étant plus jeune et sans moyens financiers, et malgré un plan d’affaire solide accompagné d’un diplôme en lancement d’entreprise,  mon projet a été rapidement critiqué et je me suis fait conseiller de démarrer une garderie. Moi qui avais le rêve d’un lieu beaucoup plus grand et harmonieux, j’ai laissé tomber l’idée : les portes étaient tous fermées selon ma vision.

Après plusieurs années de frustration et d’incompréhension de la Vie, du rêve que j’avais, qui était pourtant un signe de grand changement dans ce monde, je me suis quand même retournée vers un domaine beaucoup plus précaire et très rationnel : le domaine de la sécurité privé. J’ai travaillé longtemps dans ce domaine et chaque fois que j’avais un contrat, j’étais aux anges. Je pouvais partir à l’aventure et découvrir le monde. Mais tous les contrats finissaient par s’achever et avant d’en obtenir un nouveau, c’était parfois très long.

Donc au début je vivais dans le moment présent. Je faisais des achats compulsifs car je n’étais pas à la maison à prendre soin de mes enfants et de ma famille. Quelques années se sont écoulées, à bout de souffle, les contrats se faisaient plus rares et c’est lors d’une fin de contrat que j’ai commencé à réaliser que je devais faire quelque chose, absolument, pour moi et pour ma famille. J’ai commencé à écrire tout ce que je vivais, voyais, achetais. Je me suis monté un journal quotidien de ma vie. Les hauts et les bas. Je me suis rendue compte que lorsqu’on travaille, l’argent est facile d’atteinte et stable dans le temps. Mais plus on travaille, moins on a de temps pour la famille, les loisirs et le bien-être qu’on s’apporte à soi-même. Les difficultés arrivent et sont de plus en plus difficiles à gérer. Le stress se met de la partie et les relations interpersonnelles sont difficiles à gérer, également. Quand on ne travaille pas, l’argent ne rentre plus et les problèmes financiers surgissent avant même que le mois ne se termine, mais on a beaucoup de temps. Je cherchais donc l’équilibre et mes réflexions ont commencé à être de plus en plus importantes. J’ai réalisé que je dois toujours penser à mon équilibre. Quels besoins ai-je, qu’est-ce qui me passionne, qu’est-ce qui me manque le plus lorsque j’ai du temps et pas d’argent ou le contraire : beaucoup d’argent mais pas de temps?

En 2012, j’ai commencé à écrire toutes mes pensées, mes rêves, mes besoins, mes envies. Les dates d’anniversaires que je devais souligner, les congés, les vacances, les partys des fêtes, le jardinage, les rentrées scolaires, tous les vêtements à acheter aux changements de saisons. Après plusieurs mois, j’étais capable de réaliser où se situaient mes périodes plus creuses et celles qui m’étaient plus propices à réaliser quelques tâches sur mes dizaines de listes accumulées au fil des semaines sans travail.

Après mûres réflexion et un contrat, j’ai pris ma chance et j’ai commencé à monter ma Réserve.

Bien sûr l’étape du grand ménage, de la pureté et du vide était fait (car c’est une très grande étape à ne pas négliger quand on débute une réserve). J’étais prête et appuyée de mes listes. Chaque catégorie et sous-catégories, chaque enfant, chaque chose avait sa liste à acheter ou trouver.

Et de là m’est venu encore une réflexion : les saisons seront mon guide, car les petits fruits et légumes sont récoltés de tel mois à tel mois, et disponibles à tel prix et à tel endroit. La viande est moins chère tels mois. Les ventes de garage sont telles journées, etc.

Donc en me basant sur les saisons ainsi que les mois, j’avais un calendrier de mes achats, je pouvais maintenant prévoir au lieu de subir. Avec toutes les informations que j’avais en tête, j’ai commencé par remplir une section à la fois, pour faire naître une très grande réserve de tous nos besoins des 6 à 12 prochains mois. J’avais donc réussi à être sécure même si mon travail n’était pas stable. Mes produits n’ont pas été achetés avec des coupons, car aucun coupon n’a su attirer mon attention sur mes vrais besoins.  

 

La lumière

J’avais maintenant une sécurité quant à la nourriture et autres produits essentiels au bon fonctionnement de la maisonnée, mais avec beaucoup trop de temps à passer devant moi, je me suis rendue compte que je devais également analyser mes passions, mes envies, mes désirs.

J’ai commencé à demander des cartes-cadeaux ou des choses bien particulières. Je ne voulais plus gérer les articles non désirés et ne pas savoir où les mettre sous peine de voir ma réserve être chamboulée. Aussi, j’ai fait de la place pour mes débuts d’achats de tissus et de couture. Je me demandais, à tout moment et ce depuis très longtemps, que vais-je faire pour m’en sortir s’il arrive quelque chose de plus grave que de ne pas avoir de travail pendant 3 mois? J’ai eu cette réponse bien évidente ; troquer, échanger, avoir une monnaie échangeable sans argent. Donc ma réserve du domaine de la couture s’est vue grandir à une vitesse fulgurante, ce qui m’a fait devenir une artisane et développer mes talents de minutie et sociaux. Faire des salons d’expositions m’a appris beaucoup de choses, entre autres l’importance de créer un réseau de contacts.

Malgré tout, un jour est venu où les contrats n’entraient plus. Après 6 mois sans travail, à avoir utilisé presque toute la réserve, écrire tout ce qui me venait en tête, j’ai réalisé que j’étais très dépendante des magasins, des services financiers et des supermarchés.

Ma vision changeait tranquillement mais assurément.

 

La révélation

Pendant une soirée à discuter avec une amie, j’ai eu un flash. Je me suis rappelée de ce merveilleux projet qui m’animait tant ; le centre de stimulation pour les enfants, mais cette fois sous forme de garderie.

Et à ce moment précis,  tout est soudainement devenu très clair et très facile. Tout de suite, mes ressources se sont mises en place ; j’avais l’espace et toutes les informations dont j’avais besoin pour débuter sous un modèle de garderie écologique.

Car pendant plusieurs années, j’avais su monter une réserve peu importe la thématique. Je n’avais plus envie d’être dépendante du système et en ayant une garderie écologique, cela me permettait de ne pas utiliser les programmes hyper coûteux et remplis de papiers et de trucs à plastifier, ni d’aller au magasin et d’acheter tout le matériel disponible pour faire des bricolages. Cela ne m’intéressait pas.

En plus, j’ai une passion commune avec mes enfants, celle d’être toujours dehors et d’aimer marcher. J’ai le pouce vert et des contacts qui peuvent facilement m’aider à bien faire les choses.

Étant donné que ma garderie est écologique, il était bien évident qu’un parent agriculteur allait me contacter. Et c’est là que ma relation avec mon premier parent agricultrice est née. Ç’a été un très grand coup de foudre. Autant pour moi, qui voulais réaliser quelque chose de grand et de différent, autant pour elle, d’avoir un service qui était plus près des valeurs de la terre et du monde agricole et surtout disponible pour un horaire plus flexible. C’était le meilleur des deux mondes.

J’allais être la ressource en garderie écologique pour les parents agriculteurs et/ou qui avaient une passion pour le monde agricole, les animaux de ferme et bien sûr la nature.

Tout s’est monté étape par étape, au fil des ans,  une réserve à la fois autant pour les jeux et jouets que pour les modules, l’alimentation et les activités.

La mission était bien sûr de rendre les enfants à l’écoute de la nature et du jardin. Mais tout commence par soi et je voulais offrir une très grande qualité de services. Tout a commencé par une meilleure alimentation et le chemin était déjà entamé lorsque la seconde enfant de ma cliente est née. Après plusieurs discussions, observations et constatations, il était bien évident que cette enfant allait avoir des besoins particuliers et surtout au niveau de l’alimentation.

Réflexions après réflexions il me paraissait tellement évident que je ne pouvais plus offrir des aliments toxiques pour le corps, comme des panures ou des aliments non nutritifs. Ni à mes enfants, ni à ceux de la garderie, ni à nous. J’en fis une mission personnelle. Mes enfants me montraient le chemin et je l’ai tout simplement suivi. Eux qui sont nés en ne désirant que manger des fruits et légumes et un peu de viande, c’était pour moi une révélation de la génération qui naissait. Mon ado lui, qui a dû se désintoxiquer de la malbouffe, a trouvé cela un peu plus difficile, mais en lui offrant l’information sur le mode de vie et d’alimentation, il était évident qu’il se rallierait à sa santé.

Offrir une alimentation biologique autant que possible et locale était devenu ma mission de vie, et offrir aux enfants toutes les informations à ce sujet était devenu vital. Nous devons enseigner aux enfants la voie de l’autosuffisance avant que les géants de ce monde ne prennent d’assaut leur cerveau.

J’ai donc débuté par changer quelques aliments dans la réserve pour les remplacer par des ingrédients naturels, bio et locaux et les super-aliments se sont ajoutés.

Les bienfaits d’une alimentation saine sont sans contredit ceux que j’observe le plus. Un meilleur sommeil, une envie de partager un repas, des teints plus clairs, des humeurs très différentes, une meilleure capacité à marcher, une meilleure endurance et capacité à apprendre.

L’enfant de ma cliente a un trouble d’intégration sensorielle et avec une meilleure alimentation, elle a pris les livres qu’elle n’arrivait pas à prendre. Étant au bord de l’hospitalisation, les nutriments sains lui ont permis de se tenir debout, d’avoir un regard clair et d’alimenter les neurotransmetteurs dans son cerveau. Ne recevant aucun jus ou liqueur à la maison ou à la garderie, l’eau est devenue une source d’approvisionnement essentielle pour les enfants. Les parents me disent souvent que leurs enfants n’ont pas ou plus de problème de constipation. Il y a tellement de bienfaits dans le développement des enfants que ce serait difficile de les nommer tous!

En ayant acquis une bonne alimentation, qui évolue à chaque jour, je devais aussi prendre soin des enfants à d’autres niveaux, dont les activités physiques. En montant tranquillement des activités et en me procurant du matériel adapté, j’ai su offrir toutes les ressources pour maximiser leur développement global et leur motricité fine. Chaque besoin dans le développement est analysé et soutenu par du matériel spécifique. Cela favorise tous les aspects : psychologiques, mentaux, sociaux, émotionnels et spirituels.

Suite à cela m’est venue l’idée du meilleur sommeil pour les enfants. En tamisant les lumières et en leur offrant des matelas fitness (qui servent aussi pour les roulades et parcours), des couvertures chaudes pour garder la température du corps au même niveau, et en faisant jouer de la musique douce durant les siestes, je voulais pousser plus loin la détente en leur offrant des séances de relaxation dirigée. Des activités de yoga et de la lecture.  Donc maintenant à la garderie, nous apprenons les techniques de relaxation avec méditation dirigée et nous lisons énormément de livres, car j’ai comme principe que l’amour de la lecture doit également se transmettre de génération en génération.

Dans notre société remplie d’anxiété, de peur et de stress, je me dois d’enseigner aux enfants les différents moyens pour pallier à cette pression. En leur enseignant à bien s’alimenter, à bien dormir, à boire suffisamment d’eau et à bouger à tous les jours, les bienfaits de ces apprentissages sont innombrables. En plus de communiquer, d’écouter, de respecter les autres, de partager, de remercier et de demander de l’aide, qui sont vraiment de bonnes bases dans le développement relationnel.

 

L’arrivée de l’autosuffisance

Comme ma vision est modifiée par les bienfaits que nous récoltons, ma ligne directrice se modifie aussi. Depuis l’an passé, je me suis dis pourquoi ne pas enseigner aux enfants à se nourrir de façon biologique et locale à la maison, avec des semences et de la terre?

Tout a commencé très petit, avec les erreurs et les réussites, les bons conseils et la volonté d’y arriver. Un petit jardin a été fait en 2013 et maintenant, ma terre est nourricière car je compte plusieurs sortes de légumes semés dans mes deux jardins, en plus d’un jardin de fines herbes et d’herbes médicinales. Il y a bien sûr une très grande place pour le jardin de petits fruits, dont les camerises, baies de goji, groseilles, gadelles, framboises, bleuets, fraises, raisins, amélanchiers et mûres. Probablement que l’an prochain je trouverai encore de l’espace pour y accueillir d’autres variétés.

Nous avons accueilli également des  poules pondeuses et des lapins à chair, ayant leurs propres enclos adaptés pour l’hiver. Bien que mon terrain ne puisse pas accueillir une mini-ferme, j’ai  un réseau de contacts qui me procure des viandes locales. Mon conjoint est devenu chasseur par plaisir et nécessité dans notre vision de l’autosuffisance, cela nous assurera aussi des gains nourriciers. Toutes nos lectures sont maintenant inspirées de l’alimentation, l’agriculture, les soins des animaux, la chasse, les méthodes de conservation, de récolte, de cuisine. Tout est pensé selon la réserve que l’on veut obtenir pour les mois suivants.

Et quand j’y repense, c’est là que je me vois, plus jeune, accompagnée de ma grand-mère, assise sur un banc dans la serre tropicale du jardin botanique et je me dis en fermant les yeux et prenant une grande respiration de bonheur, que je veux faire partie de la nature, d’un grand tout et créer des lieux spirituels, qu’ils soient petits ou grands, mais je dois en créer.

Maintenant, étant plus âgée,  l’enseigner aux enfants est devenu mon centre de l’univers. Ma mission de vie. Tous mes morceaux de casse-tête se placent tranquillement et je peux enfin y voir l’image de mes rêves. Le monde idéal dans lequel j’ai toujours voulu vivre se matérialise doucement avec la patience, la persévérance et la volonté de s’accomplir. Les rêves sont possibles et se réalisent toujours au bout du compte, peu importe sur quel chemin nous décidons de marcher. L’important c’est d’avancer.

Auteur de cet article : Marie Lavigne

Marie, éducatrice spécialisée et propriétaire de la garderie écologique Mon petit coeur située à st-liboire, en montérégie, oeuvre auprès d’enfants âgés entre 0 et 5 ans depuis maintenant 12 ans

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