Blogue

Un titre comme ça, ça devrait attirer votre attention. Et ce qui suit vaut le détour : le Québec vit depuis quelques années une petite révolution dont j’aimerais bien vous parler… 

Dans le cours du Certificat en design sur les matériaux sains, mon esprit curieux a été mis au défi. Je n’aurais pas pu imaginer à quel point les matériaux « alternatifs » pouvaient augmenter l’efficacité des bâtiments. Dans ma courte carrière de commis aux matériaux dans une cour à bois, personne ne m’a jamais demandé où se trouvait la section des balles de foin ou du chanvre. On a l’impression que ce sont de nouvelles modes, mais on parle plutôt ici de techniques carrément traditionnelles  Avant l’avènement du gypse, de la laine minérale et du styrofoam, les gens savaient aussi se loger et se protéger du froid!

En poursuivant un peu plus mes recherches sur le Web, je suis tombée sur le site Internet du GREB, le Groupe de recherches écologiques de La Baie. Ils ont développé une technique bien particulière de construction écologique, ici même au Québec. J’ai tout de suite pensé que ça devait être vraiment efficace. Parce que s’il y a quelque chose qu’on connaît au Québec, c’est bien l’hiver. Je me suis rendue compte que le GREB a fait bien plus que construire une maison efficace et adaptée à notre climat. C’est un véritable lieu d’expérimentation.

Cet organisme à but non-lucratif, situé près de la ville de Saguenay, s’est donné pour mission de trouver les moyens d’avoir un mode de vie complètement durable. Pour eux, un mode de vie sain doit être viable tant du point de vue écologique, social et qu’économique. Cette équipe de chercheurs a donc débuté ses recherches en 1990. Véritable petit laboratoire, ce petit coin de terre est devenu une mine de renseignements et de résultats d’expérimentation. Les idées des chercheurs sont rapidement testées : nul besoin d’attendre quand l’endroit où l’on vit permet de passer rapidement de la conception à la mise en œuvre. Les gens du GREB puisent leurs principales forces dans l’expérimentation directe et la tenue du registre complet des différents matériaux et techniques utilisés est une mine d’or! Leurs expériences ne sont pas seulement liées à la construction, mais à tout le mode de vie qui produit le moins d’impact possible sur l’environnement. « Pourquoi ça? » -me demanderez-vous ? Car ils sont directement adaptés à leur territoire.

En gros, la méthode GREB, c’est une technique de construction en ballots de paille qui a été développée dans les années ‘90 par Patrick Déry, physicien et Martin Simard, architecte. Et ils n’ont pas improvisé! Ces chercheurs ont réussi à mettre au point une technique révolutionnaire qui intéresse non seulement les Québécois, mais aussi nos cousins Français. En fait, la technique est plus souvent appliquée en France. Ici, de récents changements dans les normes du bâtiment mettent en doute l’efficacité énergétique de la paille dans un bâtiment. Pourtant, elle présente une isolation importante (plus de R40 pour les murs).

La technique est simple, mais complexe à la fois. Il s’agit d’un système de construction intégrant 4 éléments qui s’imbriquent les uns dans les autres, un peu comme des blocs légo. Heureux alliage de bois, paille, mortier et liaisons métalliques. Vous trouverez sur ce lien plusieurs vidéos illustrant la technique en tant que telle.  Comme on dit, une image vaut mille mots!

Les maisons construites avec cette technique ont l’avantage d’avoir une empreinte écologique réduite, puisqu’elle utilise des matériaux locaux, demandant peu ou pas d’énergie grise : les déchets reliés à la construction, à la rénovation et à la démolition sont biodégradables. La performance thermique est aussi très intéressante : la maison reste fraîche durant l’été et chaude durant l’hiver. J’entends déjà quelques détracteurs dire qu’une maison en paille, ça doit brûler vraiment vite. Hé bien non! Elle est très sécuritaire contrairement à ce que l’on pourrait penser. Les maisons en ballots de paille brûlent moins vite que les maisons dites traditionnelles à cause du manque d’oxygène entre les brins de paille compressés.

Le GREB, c’est aussi un écohameau. Non seulement les chercheurs ont réussi à créer un modèle de construction de maison révolutionnaire, mais ils ont également trouvé le temps de fonder une coopérative de consommateurs, une ferme expérimentale, etc. Ce sont des gens proactifs!

L’écohameau fête d’ailleurs cette année ses 25 ans, ce qui en fait un des plus vieux sites « expérimentaux » au Québec. Ce volet de l’expérience est également documenté et partagé avec d’autres communautés.

Suite à ces informations, je me demande toujours pourquoi il n’y a pas plus de maisons dans ce genre. Pourquoi les gens ne s’y intéressent pas plus? J’ai surtout l’impression que l’information n’est pas diffusée assez largement et qu’il y a également de gros joueurs dans le domaine de la construction qui n’ont pas intérêt à ce que ce genre de technique soit popularisé… et c’est très dommage. Je me fais donc un devoir d’en parler aux plus de personnes possible, de propager la bonne nouvelle!

Justement, vous pouvez faire quelque chose pour aider le GREB. Au moment de publier cet article, ils sont justement en pleine campagne de financement. Ils doivent, une fois de plus, prouver la résistance thermique de leur bâtiment suite à de nouvelles normes imposés par la Régie du bâtiment. Vous pouvez les aider à financer leurs études en allant sur leur site Internet. À plusieurs, nous pouvons sûrement les aider à poursuivre leur rêve, qui est un peu le nôtre aussi!
Photo Emma

Emma est notre blogueuse mystère. Trentenaire gravitant en banlieue de Montréal, terreau fertile de centres d’achats, d’autoroutes et de grosses maisons cordées sur des petits terrains mal choisis, la voici dans une folle aventure sur la piste des solutions…

Laisser un commentaire

Pin It on Pinterest

Share This

Partagez cet article

Faites en profiter vos amis :)