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Le troc est un moyen d’échange merveilleux qui a marqué le début du commerce, aux origines même des premières formes de civilisations. Pour des raisons de logistique, le capital, venant du latin capita en référence à la tête de bétail servant de valeur dans les échanges, s’est tranquillement imposé comme unité de valeur. Pour des échanges importants, il devenait difficile de déplacer des troupeaux de bœufs entiers. L’unité est donc devenue une unité de valeur commerciale, mais pas « utile » au même sens qu’un outil ou une poche de riz, par exemple.

Après avoir connu un retour de popularité à certains moments – « Les crises monétaires donnent toujours un rôle un peu plus grand au troc du fait de la raréfaction des signes monétaires. Plus généralement dans les périodes de pénuries, comme les périodes de guerre ou d’occupation, le troc redevient un mode d’échange fréquent » –, le troc n’est certainement plus la norme de nos jours dans les pays industrialisés.

Une valeur variable

Malgré son côté pratique évident, la monnaie a aussi ses désavantages : bien que sa valeur soit fixée par le marché, elle varie d’un individu à un autre. En effet, un billet de 50 $ ne représente pas la même valeur aux yeux d’une personne fortunée qu’à ceux d’une personne vivant sous le seuil de la pauvreté. Dans ce contexte, on comprend qu’il résulte une inégalité entre les individus concernant leur pouvoir d’achat et donc, leur possibilité d’acheter ce dont ils ont besoin ou envie.

Le troc vient donc offrir une alternative d’échange non monétaire, basée sur les besoins de chacun. Un meuble de salon encombrant et inutilisé peut ne plus avoir une grande valeur à mes yeux, alors qu’une perceuse ou des pneus d’hiver feraient mon bonheur ! Si j’arrive à trouver une personne qui cherche un meuble de salon et qui a l’un de ces articles à échanger, pourquoi impliquer une valeur monétaire là-dedans ?

Un tel échange gagnant-gagnant peut sembler plus ardu à réaliser que de simplement mettre en vente l’article devenu inutile pour s’acheter ensuite le nouvel article désiré. En effet, comment trouver une personne recherchant un meuble de salon et qui serait ouvert à me fournir des pneus d’hiver ?

C’est exactement à ce besoin que répond le groupe Facebook Troc-moi ça !, fondé il y a 2 ans et réunissant à l’heure actuelle plus de 87 000 membres à la recherche de ce type d’échanges ! Le succès du groupe est tel que son fondateur, Rémi Jourdain, en partenariat avec le Marché Jean-Talon de Charlesbourg, a créé un site afin de faciliter les recherches des usagers. Ils sont également en voie de créer une application, afin de simplifier encore davantage l’utilisation du concept. C’est à surveiller !

Un mouvement qui renaît…

Impressionnée par cette initiative, j’ai contacté Rémi afin de connaître ses motivations :

« J’ai commencé comme Kyle MacDonald avec son trombone rouge… Avec une tablette de chocolat, je me suis mis en tête de tenter le coup pour un chalet. Donc voilà, mes amis proches ont embarqués dans l’aventure immédiatement. De la tablette de chocolat je me suis retrouvé avec un beurrier tupperware, puis un exerciseur, un Ipod, etc…

Après 1 mois, j’avais fait plusieurs échanges, mais j’ai manqué d’amis, ha ha ! Alors me vint à l’idée d’ouvrir cela aux gens. Mais j’ai vite compris qu’il y avait un phénomène incroyable qui se dessinait sous mes yeux : l’entraide, le nombre de personnes qui ont quelque chose qui ne sert plus et qui veulent volontiers l’échanger ! Alors je me suis un peu laissé de côté pour me concentrer à faire renaître le troc et le faire connaître, car cela aide fortement les gens.

Depuis, je n’ai pas lâché. J’ai parlé jour après jour aux gens qui s’abonnaient pour les inviter à partager au max, j’ai fait plusieurs concours au fil du temps, quelques entrevues radio et même une pleine page dans le Journal de Québec. Maintenant que cela fait 2 ans que Troc-moi ça ! roule à fond de train, je passe à l’étape supérieure : l’application Web qui sortira bientôt et trocmoica.com. Une grosse étape pour rendre ça plus ordonné encore et plus accessible à tous.

Ha… et je me suis arrêté avec une superbe tente-roulotte qui fait mon bonheur pour l’instant ha ha ! Quand j’ai besoin d’un nouvel ordi, d’un service, ou toute autre chose, bien souvent je réussi à le troquer maintenant.

Et pour répondre à la question principale que vous m’avez posée : je le fais car presqu’à chaque jour je reçois des messages de remerciements, car telle personne s’est procurée tel article qu’elle n’avait pas les moyens d’acheter. Même plusieurs amitiés se sont formées sur le groupe… Donc je le fais pour le côté humain de tout ça. »

Wow ! Quel bel exemple de motivation et de réussite, qui plus est pour un service qui permet à chacun d’y trouver son compte, peu importe ses revenus 🙂 ! Personnellement, me procurer des biens pour les réutiliser et leur éviter de finir dans un conteneur, ça me plaît ! Sans compter qu’ils n’ont pas eu à traverser la planète pour se retrouver entre mes mains, quel bonheur ! 😀 Et cerise sur le sundae, je fais bénéficier quelqu’un d’autre d’un bien qui m’encombrait !

… à travers le monde !

Dans une optique plus large, on remarque qu’un engouement pour le troc refait de plus en plus surface partout dans le monde : on compte plus de 1 000 systèmes d’échange locaux juste en France ! En Argentine, durant la crise économique du début des années 2000, des clubs de troc se sont formés. « Un petit club de 30 personnes permet de satisfaire plus de 80 % des besoins d’un individu. […] Les gens se sont réapproprié les rues de leur quartier ; ils ont tissé des liens avec leurs voisins. Dans une communauté solidaire, la délinquance et la criminalité diminuent. Ç’a rebranché les gens sur les bénéfices de la consommation locale » assure Rúben Ravera, cofondateur du Réseau global des clubs de troc et enseignant de formation.

Le troc entre en effet dans une volonté de consommer moins (du moins d’acheter moins de produits neufs au profit des usagés), de réutiliser des biens plutôt que de les jeter ou de les recycler, ainsi que d’accorder plus de pouvoir aux gens ayant des revenus plus modestes. L’échange de services est aussi possible, autant sur le site de Rémi que par l’entremise de systèmes tels que les Accorderies. Partant du fait que nous ne possédons pas tous la même quantité d’argent, mais que nous avons tous 24h dans une journée, les Accorderies respectent le principe suivant :

« Le principe de fonctionnement de base d’une Accorderie est qu’une heure de service rendu vaut une heure de service reçu, quels que soient la nature, la complexité ou l’effort reliés au service échangé. De l’aide pour faire le ménage vaut autant que du dépannage informatique, de la correction de textes, de la couture ou des conseils en décoration. L’échange de services repose sur un rapport égalitaire. »

Alors, qu’est-ce qui ne vous sert plus chez vous ? Qu’est-ce que vous pourriez trouver de plus utile en échange ? Quel service pourriez-vous offrir en échange d’un autre ? Je vous invite à visiter le site de Troc-moi ça si vous manquez d’inspiration, on y retrouve de tout ! Bon magasinage 😉

Auteur de cet article : Marie-Michèle Doyon

Amoureuse de la nature et des animaux, Marie-Michèle aime présenter des solutions faciles et pratiques pour le bien-être de l’environnement et des lecteurs! Elle s’occupe aussi du marketing chez Solution Era.

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